Écrits de détenu(e)s

20/08/2022

La littérature naît aussi en prison 

Les écrits (correspondance, autobiographie, journal intime) de détenu(e)s ou ancien détenu(e)s sont nombreux et témoignent également des bienfaits de mettre des mots sur les maux pour en guérir, pour en témoigner ou pour garder un lien par la lecture et l'écriture sur l'extérieur. L'acte d'écrire et de lire sont chemins de résilience.

Ils sont nombreux(ses)...pour des raisons variées (engagements politiques, mœurs, banditisme, préférences sexuelles...) les auteurs, plus ou moins célèbres, qui ont connu la prison ou qui ont écrit depuis une prison :

Fiodor Dostoïevski , Paul Verlaine , René Frégni, Louis-Ferdinand Céline , Giacomo Casanova, Socrate, Oscar Wilde, Albertine Sarrazin, Guillaume Apollinaire, Jean Genet, François Villon, Alexandre Soljenitsyne, Georges Arnaud, Beaumarchais, Philippe Soupault, Jean-Jacques Rousseau, André Chénier...

Lecture de Carnets de prison d'Alexi Navalny : Le 20 octobre 2021, à l'auditorium de l'Hôtel de Ville, à Paris, plusieurs associations, dont Russie Libertés et Amnesty France, ont organisé un événement en hommage aux journalistes russes. À cette occasion, l'acteur Mathieu Amalric a lu des extraits du journal de prison d'Alexeï Navalny, traduit en français et publié par Desk Russie

Coup de cœur pour un auteur et toute son œuvre

René Frégni

"Je sais ce que je dois aux livres, aux mots et au regard de ma mère, tout me parait si simple quand je pense à elle. Nous avons besoin de douceur et de beauté. Pourtant, quand je quitte ces paisibles vallées et que je scrute ces grandes métropoles où s'accumulent les hommes perdus, je me demande si les livres et les mots suffiront pour éviter les jours barbares...".

René Frégni dit souvent que "les livres ont changé sa vie". de petit voyou de Marseille, déserteur, condamné à trois ans de prison, fugitif en cavale, il est devenu écrivain et anime des ateliers d'écriture en prison.

Carnets de prison ou l'oubli des rivières. Gallimard, 2019.

Minuit dans la ville des songes. Gallimard, 2022. Raconte ce parcours marqué par la découverte de la lecture et de la littérature.

Histoires de femmes - Écrits de prison

Collectif, Lisette Lombé, Elvira Masson, Fabrice Rose, Delphine de Vigan

Robert Laffont, (La Bête noire Série : Les ondes), 2022.

Créé en détention, Histoires de femmes est un recueil de textes qui regorge de vie autant qu'un hymne à la liberté.
Sous la direction de Lisette Lombé, Elvira Masson, Fabrice Rose et Delphine de Vigan, en partenariat avec l'association Lire pour en sortir.
Le lecteur va partager leurs aspirations d'une vingtaine de détenues, et un peu de ce qui se passe entre les murs d'une prison. Derrière les mots de chacune, c'est peu à peu leurs forces, leurs faiblesses, leurs désirs et leurs joies qui transparaissent.
Se dessine le portrait de femmes qui sont parvenues à trouver une nouvelle voie.

Ahmet Altan, Je ne reverrai plus le monde : textes de prison. Actes sud, 2019. (Prix André Malraux - 2019, Prix Fémina étranger)

Présentation de l'Editeur : Une ode à la vie par quelqu'un qui est privé de vie.

Ahmet Altan est romancier, essayiste et journaliste, il était aussi rédacteur en chef du quotidien «Taraf» jusqu'au 15 juillet 2016. À cette date, la Turquie s'enfamme, des milliers de personnes descendent dans la rue à Istanbul et à Ankara suite à une tentative de putsch. Le lendemain commence une vague d'arrestations parmi les fonctionnaires, les enseignants, l'armée et les journalistes. Ahmet Altan fait partie de ceux-là, il sera condamné à perpétuité, accusé d'avoir appelé au renversement du gouvernement de l'AKP. Ahmet Altan a 69 ans.
Ces textes sont écrits du fond de sa geôle. Poignants, remarquablement maîtrisés, ces allers-retours entre réfexions, méditations et sensations expriment le quotidien du prisonnier mais ils disent aussi combien l'écriture est pour lui salvatrice. Tel un credo il s'en remet à son imagination, à la force des mots qui seule lui permet de survivre et de franchir les murs.

Un livre de résilience exemplaire.

Saint Paul apôtre, épistolier fécond depuis sa prison

On ne peut omettre de mentionner Paul. "Le livre des Actes des Apôtres" se termine en mentionnant les deux années d'emprisonnement de Paul à Rome (Actes 28 : 30). Il y attendait d'être entendu par l'empereur Néron, devant qui il avait fait appel des charges présentées par ses ennemis religieux de Jérusalem. Au cours de ces deux années de captivité, les autorités romaines laissèrent à Paul une liberté considérable d'exercer sa vocation.

Pendant qu'il se trouvait à Rome, Paul écrivit plusieurs lettres d'instructions qui donnent un aperçu de la préoccupation pastorale qu'il avait à l'égard des Églises, et de l'attention qu'il prêtait à chaque affaire sur le plan individuel.

Il écrivit à un riche membre de l'Église, un ami appelé Philémon (Philémon 1), mais aussi aux congrégations de trois villes : Colosses, Éphèse et Philippes (voir Colossiens 4 : 3, 18 ; Éphésiens 3 : 1 ; 4 : 1 ; 6 : 18‑20 ; et Philippiens 1 : 7, 12‑17).

Paul termina sa lettre en notant pour Philémon les noms de plusieurs aides, indiquant ainsi qu'il n'était pas isolé dans cet emprisonnement. On y trouve Épaphras, Marc, Aristarque, Démas et Luc (versets 23‑24).

Aïssa Lacheb. Scènes de la vie carcérale.Au Diable Vauvert, 2013.

Aïssa Lacheb est né en 1963 à Sissonne dans l'Aisne. Il écrit depuis toujours et publie depuis une dizaine d'années.

C'est le quotidien de ces hommes, leurs histoires, leurs crimes et leurs sentiments, leur folie, leur désespoir, mais aussi les fous rires, les amitiés nouées et l'amour pour les livres et la littérature.

HUEGES, Danielle. A quoi sert de maudire la nuit? de la prison au ministère. Presses de la renaissance, Paris 1998
HUEGES, Danielle. A quoi sert de maudire la nuit? de la prison au ministère. Presses de la renaissance, Paris 1998

HUEGES, Danielle. A quoi sert de maudire la nuit? de la prison au ministère. Presses de la renaissance, Paris 1998

C'est dans la plus profonde détresse - lors d'une nuit à la prison de Fresnes - que Danielle Huèges reçoit la visite de celui qu'elle nomme depuis son enfance mon Copain-du-Dessus. Cette présence lui fait comprendre qu'il ne sert à rien de maudire la nuit. Par ce récit autobiographique, Danielle Huèges veut prouver qu'une vie n'est jamais fichue.

Blessée très jeune par la séparation de ses parents, elle fait de nombreuses fugues, puis entre alors dans un monde dont elle n'a pas mesuré les dangers : l'amitié d'une prostituée l'amène à fréquenter le milieu du grand banditisme. Engrenage. D'escroqueries en escroqueries, elle sera emprisonnée 14 années en 30 ans.... A sa sortie, elle rencontre Mona Chasserio, fondatrice de l'association Cœur de femmes. Puis Xavier Emmanuelli, qui la nomme chargée de mission pour le secrétariat d'Etat à l'Action humanitaire d'urgence. A son contact, elle acquiert la certitude que la société bougera si nous savons changer notre regard intérieur sur les autres ; car les autres, c'est nous.

Elle explique dans son récit comment, en prison, la lecture a contribué à sa sortie de l'engrenage.

"Maria et moi devenons des intellectuelles enragées, bossant jusqu'à deux heures du matin, à la grande stupéfaction des surveillantes. Adventiste d septième jour, Maria se nourrit quotidiennement de lecture de la Bible. (...)Les psaumes me bouleversent, qui contiennent tous les cris de souffrance de l'humanité, prières sublimes, si proches de celui qui est dans la panade"

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© 2022 
Auteur : Karine Monneret
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